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  • Paris-Bruxelles-Copenhague : Pourquoi les Juifs partent et vont partir

    Paris-Bruxelles-Copenhague : Pourquoi les Juifs partent et vont partir


    Paris-Bruxelles-Copenhague : Pourquoi les Juifs partent et vont partir

     
     
     
     
     

    Je ne suis pas Danois parce que je ne l’ai jamais été. Je n’aboie pas, je ne vis pas en meute, je ne suis pas un roquet. Je n’étais pas Charlie, parce qu’on ne prend pas impunément l’identité de quiconque. Surtout avec une multitude, cela devient de la confusion. Français, il me suffit de me souvenir de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». C’est très exactement l’idée que les djihadistes veulent assassiner. Cette idée et des Juifs. Me battre avec Voltaire, pas me lancer dans des incantations.

    Car, la France ne veut pas que les Juifs partent, ce n’est qu’une incantation s’il n’y a ni analyse derrière, ni action devant. Ne nous y trompons pas :

    Les Juifs ne partent pas pour des raisons de sécurité. Partout où ils pourront aller la sécurité n’est jamais pleine, pas même aux USA et ils le savent. Pas en Israël, le pays est en guerre, menacé d’éradication par des membres de l’ONU à laquelle, pour pouvoir adhérer, il faut déclarer vouloir être en paix avec ses voisins…

    Ils ne partent pas parce que Netanyahou fait des appels du pied appuyés, c’est son rôle, mais ce serait lui donner trop d’importance et faire injure aux Juifs qui ne sont pas sous influence. Si cela était vrai, ils seraient partis depuis longtemps ; mais ils sont restés les citoyens modèles et fidèles qu’ils ont toujours été malgré les vicissitudes de l’histoire.

    Ils ont été expulsés de France pas moins de treize fois. Toujours dans des conditions indignes. Ils partent parce qu’ils ne peuvent vivre une identité, jamais unique et parfois extrêmement ténue. Leur grande majorité a quitté la Norvège l’année dernière. Les Etats Unis se sont souvent inquiétés de l’antisémitisme en Scandinavie, la grande pourvoyeuse de fonctionnaires internationaux.

    Pour autant, la résurgence du doute à l’identité française n’est pas récente, elle date du jour où, un odieux attentat qui visait des Juifs, fit des « victimes françaises innocentes ». Les Juifs n’étaient donc pas innocents !

    Rien n’est jamais acquis pour les Juifs.

    Depuis cette déclaration, l’Etat barre sur ce cap. Des ministres des affaires étrangères régulièrement violemment anti israéliens se sont succédés Jobert, Sauvagnargues, Cheysson, Dumas, Juppé, de Villepin, Védrine… Ils arguent toujours d’une politique arabe de la France, petit doigt pour se cacher, dont on connait les résultats. Ils l’ont fait au mépris de la plus simple connaissance de l’Histoire pour des objectifs chimériques et au-delà du raisonnable.

    L’un d’entre eux, richissime homme de gauche, vient même de prétendre, dans des relents de cagoulards d’avant-guerre, que le premier ministre est probablement sous influence juive. Un vieillard qui rêve de hauts mais éternellement attiré par l’aval. Son élégance avait été claire déjà dans l’affaire Deviers-Joncour.

    Les médias s’en sont donné à cœur-joie. Israël n’a pas toujours raison, mais il a toujours été fustigé avec violence et en particulier quand il défend sa population.

    Quiconque veut le défendre est fustigé de toute part et devient inaudible, en particulier quand il est juif.

    Les assassins lanceurs de missiles contre les civils et tueurs d’enfants avec des mots d’ordre religieux deviennent des héros !

    Les chantres de cette presse clamaient autrefois que la religion est opium du peuple. Cherchez le bug.

    Pourquoi faut-il des policiers et des militaires pour protéger les Juifs ?

    En fait, pourquoi les Juifs sont-ils restés ?

    Evidemment, les mots d’ordre meurtriers, s’ils sont licites au Moyen-Orient, le sont pensés ici aussi. Alors, on défile à Paris aux cris de « mort aux juifs », on attaque des citoyens, des magasins, des lieux de prières que certains politiques français, en plein amalgame, qualifient d’ambassades d’Israël.

    Le maintien de manifestations interdites n’est pas sanctionné.

    Est instillé ce que Ruffin, dans son rapport, appelle un « antisémitisme par procuration ».

    Depuis, en réaction spectaculaire, les dirigeants, pour la énième fois, clament partout « qu’attaquer les Juifs c’est attaquer la Nations entière ». Les Nations européennes entières sont attaquées et ne réagissent pas.

    On annule des carnavals, on censure des fêtes ancestrales pour ne pas froisser sans accepter de voir quels autres froissements cela signifie.

    On évoque un apartheid, alors qu’il suffit d’entrer dans le métro ou assister à la sortie d’une école pour voir ce que cette assertion a de ridicule. On parle d’islamophobie quand des caricaturistes et des Juifs sont assassinés. Les deux cibles emblématiques, la liberté de s’exprimer et les Juifs…

    Finalement, on protège le bouillon de culture dans lequel se développe la haine des valeurs démocratiques au nom de la crainte des amalgames, ce mélange de dentisterie pour calmer l’agacement des dents.

    Effectivement, ne Mélenchon pas tout, notamment les êtres humains et leurs dogmes ; ça nous évitera de faire jouer des clefs dangereuses dans le pêne le plus mauvais.

    Des hordes de nouveaux islamologues se lèvent chez les ministres et les intellectuels qui, au nom de trois versets hors contexte, clament leurs rêves. Au mépris de la connaissance et de l’Histoire qu’ils gomment. Des brèves de comptoir érigées en vérités. Pourtant, des musulmans courageux, ils sont en première ligne, au nom de l’humanisme le plus simple, les assurent des contresens, mais ils préfèrent le chant des sirènes.

    S’il n’y a plus de valeurs ou s’il n’y a plus moyen de les défendre, que faire ?

    Risquer chaque jour les foudres d’une justice de plus en plus indigne ?

    La tolérance qui tolère l’intolérable n’est plus de la tolérance, mais une complicité avec les ennemis de la tolérance qui profitent de celle-ci, écrivait Karl Popper.

    Alors, les Juifs partent parce que la démocratie en Europe s’étiole, se pervertit au nom d’un multiculturalisme mettant en avant une culture aux dépens de toutes les autres. Parle-t-on des cultures d’Asie en France dans laquelle les asiatiques sont nombreux ?

    C’est de culturo-totalitarisme dont il s’agit. Et ce n’est pas celui dont rêvent les musulmans d’Europe dans leur immense majorité, ce totalitarisme-là, ils l’ont fui. Nous avons oublié Clermont-Tonnerre et que son tout refuser comme nation et tout accorder comme individus, ne s’applique pas aux seuls Juifs, mais à tous ceux qui aspirent à la citoyenneté.

    L’Europe vit ce à quoi les israéliens furent confrontés avec la complicité objective des élites européennes. Une antique prévention qui ne dit pas son nom, aveugle.

    L’Europe se couche, s’autocensure de peur d’attentats et se couvre d’alibis : crainte d’amalgame, crainte de provoquer un sentiment d’humiliation sans souci de sa propre humiliation.

    Le décalogue définit la liberté et l’altérité, les Juifs ont besoin d’un environnement libre pour s’épanouir. Des militaires ne sont plus seulement dans les gares et les métros, mais dans les rues.

    Qui dira le coût de cette chance économique ?

    Qui en dira le coût pour la liberté et la démocratie ?

    La guerre a changé de nature. Les terroristes gagnent chaque jour un peu plus. Ils grignotent. L’inanité des réactions depuis des décennies perdure ; les Juifs vont partir, c’est un signe.

  • Une lettre que je n’aimerais pas écrire un jour… | Par David B



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    Mon ami, 

                Je voulais te dire que je suis bien arrivé en Israël, et que tu vas me manquer. Hier, nous avons chaleureusement accueilli les 359 derniers passagers du dernier vol El-Al en provenance de Paris. Ici, on les a surnommés « les coriaces » pour faire un peu d’humour juif. Il paraît que c’est avec une certaine émotion que la compagnie a fermé ses derniers guichets à Charles de Gaulles, après avoir imprimé ses dernières cartes d’embarquements françaises, sous la protection d’unités spéciales (merci au passage aux autorités françaises d’avoir tenu leur parole et tout fait pour que le départ des Juifs se fasse en douceur, malgré les comportements violents de certains). 

    Alors on y est, la France est officiellement vidée de tous ses Juifs… 500 000 personnes qui se sont senties poussées vers la sortie, quand ce n’était pas vraiment le cas, et qui sont parties refaire leur vie ailleurs. Tu avoueras que sur la fin, notre vie devenait impossible, avec toutes ces nouvelles lois votées à la chaîne à notre encontre, et qui, en dehors de nous avoir pourri la vie, ont fait ressurgir de bien mauvais souvenirs. La France était déjà dans un bien mauvais état, je me demande en quoi notre départ va changer le pays.

    La première bonne nouvelle c’est que les chiffres du chômage risquent de baisser fortement ces prochaines semaines, avec tous ces gens à remplacer, ces nouveaux postes à pourvoir. Quelqu’un a-t-il déjà repris la boutique de fruits et légumes du pied-noir en bas de chez toi, Mr Ben Zaken, qui est parti le mois dernier ? Je suis sûr que ça ne saurait tarder. Et qui va remplacer le comptable du salon de coiffure de ta mère, Mr Serfati ? Mais c’est surtout à ton père que j’ai pensé, lui qui adorait le Pr Goldman, son cardiologue qui lui a sauvé la vie deux fois par le passé. Rassure-toi, il y a de très bons docteurs en France qui ont accès à du matériel de pointe. Il se trouve juste qu’ils avaient un agenda légèrement chargé, et que maintenant que leurs collègues juifs ne sont plus là, ils risquent de se retrouver comme qui dirait, débordés. Dire qu’il fallait déjà parfois six mois d’attente pour une consultation chez certains, je te laisse imaginer ce qu’il va en être quand leurs secrétaires passeront leur temps à répondre au téléphone qui n’arrête pas de sonner, avec des patients paniqués à l’autre bout du fil. Je suis donc content de savoir que ton père va bien en ce moment. Dis-lui surtout de ne pas faire une attaque tout de suite, et prends dès aujourd’hui un rendez-vous préventif chez son nouveau cardiologue (et avec un peu de chance, sa prochaine attaque coïncidera avec la semaine de sa consultation). Sinon, tu me dis, et je t’arrange un rendez-vous dans la semaine avec un ponte, ici, en Israël. Peut-être même avec le Pr Goldman (mais ça, je ne peux pas te le promettre)…

    Vous aviez raison en fait, c’est fou le nombre de Juifs qui travaillent dans le médical… et dans la recherche aussi. Des chercheurs qui bossent sur le cancer (ou le SIDA, je ne sais plus) ont dit hier à la télé française (je ne peux pas m’empêcher de regarder encore les infos) qu’ils continuaient de chercher, que les recherches ne vont pas du tout s’arrêter, mais que cela va leur prendre un peu plus de temps que prévu pour faire des découvertes (comparé à des pays comme les USA ou Israël, au pif). Il paraît qu’au CNRS aussi ils font la tronche.

    Et vous aviez aussi raison à propos des avocats. La Justice Française n’est pas trop débordée au moins ? Parce qu’ici, les avocats israéliens ont fait la tronche en voyant toute cette concurrence débarquer. Quelque chose me dit que vu comment les dossiers vont s’accumuler, c’est le moment de passer son barreau chez vous. Ils vont être moins regardants sur les épreuves.

    Allez, j’arrête de te provoquer avec ces clichés, mais tu reconnaîtras que c’est de bonne guerre. Je sais que tu n’y es pour rien dans tout ça, et que tu fais partie de ceux qui n’ont pas réussi à se faire entendre, et ont assisté impuissants, à la dégradation du climat politique du pays. En ça, je te remercie. Tu ne manqueras pas de me rapporter ce qui se dit dans les cafés, si les gens pensent vraiment que leur vie s’est améliorée depuis notre départ. Car je suis persuadé qu’il n’y aura pas moins d’embouteillages (je ne crois pas que les Juifs soient partis avec leurs voitures, vu l’augmentation en flèche des ventes en Israël), il y aura toujours la queue au supermarché, et du monde dans le métro. Tu remarqueras peut-être un changement dans l’expression de certains visages, qui au lieu de tirer leur tronche habituelle, ne pourront sans doute pas dissimuler leurs sourires nerveux dus à notre départ. Mais cela passera avec le temps. Et n’oublie pas aussi de me dire si tu remarques qu’il y a moins de mendiants dans les rues, ou moins de gens inscrits aux Restos du Cœur l’hiver prochain… ou pas.

    Car laisse-moi te dire ce qui ne va pas s’arranger avec notre départ : ce sont vos problèmes. J’ai par exemple aussi vu aux infos qu’une usine venait de fermer dans le nord, laissant 227 employés au chômage, et qu’une autre va bientôt fermer dans le sud. Leurs patrons n’étaient pourtant pas Juifs. A Marseille, il y a eu deux exécutions entre caïds de la drogue rien que cette semaine. Une cellule terroriste a été démantelée dans la banlieue de Grenoble, et je pense que des voitures brûleront toujours le soir du nouvel an, mais je me trompe peut-être. Tu vois, comme quoi… Tout ça pour rien. Quelle tristesse. Enfin…

    J’aimerais t’écrire plus longuement, mais j’ai beaucoup à faire encore ici pour m’habituer à ma nouvelle vie. Ça ne te dira peut-être rien, mais ce soir, c’est chakchouka en famille, et je dois aller me préparer si je veux arriver à l’heure… A l’occasion, vu que je ne peux plus venir en France mais que toi, tu peux venir en Israël, je te ferai peut-être découvrir ce pays. Je suis sûr que tu aimerais plein de choses ici, tu t’y sentirais pas trop mal je pense, te connaissant (et je ne parle pas que des plages et des femmes). Là aussi, la liste des choses magnifiques est si longue, que je préfère te les montrer plutôt que de t’en parler. Je me languis donc de ta venue, d’autant que je sais que tu me ramèneras une ou deux boîtes de ces macarons qui me manquent tant (ici, j’avoue, c’est pas top, niveau macarons). D’ailleurs, si on pouvait mettre au point un petit roulement de colis, ça serait super (je suis sûr que tu seras d’accord).

    Embrasse les amis, dis-leur qu’ils me manquent eux aussi. On se fait une vidéoconférence bientôt, et on s’organise des vacances ensemble dès que possible, pour tous se retrouver (en choisissant un des rares pays « jew friendly » bien sûr). Salue aussi tes parents, et n’oublie pas de me donner des nouvelles régulièrement (je te connais) !

    David B. – © Le Monde Juif .info Photo : David B.|