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  • Nicolas Sarkozy, les Juifs et Israël

    Nicolas Sarkozy, les Juifs et Israël
    Par David Bronner
    Mardi 16 janvier 2007
    Seul en lice, Nicolas Sarkozy a été officiellement désigné candidat aux prochaines élections présidentielles par les militants de l’UMP dimanche 14 janvier 2007. Il a recueilli 98,1% des suffrages exprimés dans le cadre du scrutin interne organisé par le parti. Devant des dizaines de milliers de militants de la formation qu’il préside, il a prononcé un discours rassembleur, et volontiers rassurant… Le matin de son intronisation, un sondage publié dans "Le journal du Dimanche" avançait que Nicolas Sarkozy "inquiétait" 51% des Français.

    Nicolas Sarkozy cite à la fois Jaurès et de Gaulle. Ses références appartiennent à la droite et à la gauche, les camps impossibles d’une France réunifiée. On devine alors le slogan de campagne : "Ensemble, tout est possible".

    Dans ses relations avec la communauté juive de France, Nicolas Sarkozy a montré une certaine continuité dans son action. Il se présente volontiers comme un ami d’Israël. Et il s’est plus d’une fois engagé contre l’antisémitisme. Certains l’ont même qualifié de "candidat naturel des électeurs juifs"… La fin de la politique arabe de la France qu’il préconisait à l’occasion de son voyage en Israël au mois de décembre 2004 et son amitié sincère avec les Etats-Unis ne l’empêchent pourtant pas de critiquer l’intervention militaire en Irak. "Je veux être le Président d'une France qui ne transigera jamais sur son indépendance ni sur ses valeurs. Je veux rendre hommage à Jacques Chirac, qui a fait honneur à la France quand il s'est opposé à la guerre en Irak, qui était une faute. "
    Si Nicolas Sarkozy s'était fortement démarqué de Jacques Chirac au sujet des relations avec les Etats-Unis, c’était donc surtout dans la forme, la façon dont le président de la République et le ministre des affaires étrangères d'alors, Dominique de Villepin, avaient mené campagne, en 2003, contre la politique américaine.

    Car, discours à l’appui, Nicolas Sarkozy aura montré que la forme compte. Le panache, le geste, le verbe, sont les premières armes politiques d’un homme qui s’engage.

    Un discours engagé
    Parmi les dizaines de personnes citées dans un discours de quinze pages qu’il prononça pendant plus d’une heure le jour de son investiture officielle, celles qui l’ont inspiré et celles qu'il admire, Nicolas Sarkozy se retrouve d’abord dans les héros de la Résistance et de la France Libre, "ces hommes avec lesquels j'ai fait mes premiers pas en politique, ces hommes qui venaient d'une époque où la politique s'était confondue avec le patriotisme et l'épopée".

    Puis il cite ceux qu’il a connus de près : Jacques Chaban-Delmas, Achille Peretti, Edouard Balladur, Jacques Chirac : "Ils m'ont enseigné, à moi petit Français au sang mêlé, l'amour de la France et la fierté d'être français. Cet amour n'a jamais faibli et cette fierté ne m'a jamais quittée." Nicolas Sarkozy, "Français au sang mêlé," fait ici référence à ses origines juives. Fils d’un immigré hongrois et d’une descendante de Juifs de Salonique, il pourrait devenir le premier Président français d’origine immigrée, un homme dont la conscience historique s’est enrichie à l’occasion de son voyage en Israël : "J'ai changé quand j'ai visité le mémorial de Yad Vashem dédié aux victimes de la Shoah. Je me souviens, au bout d'un long couloir, d'une grande pièce avec des milliers de petites lumières et des prénoms d'enfants de 2 ans, de 4 ans, de 5 ans prononcés à voix basse de façon ininterrompue. C'était le murmure des âmes innocentes. Je me suis dit alors que c'était cela la politique : faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle. "

    Pour Nicolas Sarkozy, la France a le visage de "ceux qui l’ont fait avancer". Elle a 58 ans et le visage de Zola quand il signe "J'accuse" pour défendre Dreyfus et la Justice. La France de Nicolas Sarkozy s’appelle aussi Simone Veil : "Elle a la voix, la figure, la dignité d'une femme, d'une mère, rescapée des camps de la mort qui s'écrie à la tribune de l'Assemblée" : "Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année mutilent les femmes de ce pays". Nicolas Sarkozy redoute la barbarie des hommes. Il cite le frère Christian, enlevé puis égorgé par des fanatiques du GIA avec six autres moines de son monastère.

    Contre l’antisémitisme
    "Véritable star chez les Juifs de France " selon Patrick Gaubert, le Président de la LICRA qui est aussi député européen, Nicolas Sarkozy s’est montré un ministre de l’intérieur très réactif aux violences antisémites. Promettant "la double tolérance zéro en matière d’antisémitisme et de racisme", le ministre de l’intérieur n’avait pas hésité à se rendre au chevet des victimes ou à recevoir de nombreux présidents d’associations juives pour leur dire que les Juifs de France seraient protégés.
    D’ailleurs, sur France 2 au mois de novembre 2003, face à Tariq Ramadan qui avait écrit un article controversé à propos de la position de certains "intellectuels juifs français" face au conflit israélo-palestinien, Nicolas Sarkozy s’était montré intransigeant : "Je n'ai pas aimé votre article, on ne se laisse pas emporter par la parole", a-t-il lancé. "Quand on écrit, on pense avec sa tête, pas avec sa race, a poursuivi le ministre. Votre article n'était pas une maladresse, c'était une faute. Parce que les Juifs, ce n'est pas comme les Auvergnats ou les Parisiens. Il y a eu la Shoah... Quand on parle du juif Lévy [Bernard-Henri Lévy] ou du juif Glucksmann [André Glucksmann], on fait l'impasse sur la Shoah et ses six millions de morts mais nous, nous ne l'avons pas oubliée", avait ajouté le ministre de l'intérieur.

    Des efforts reconnus par la communauté : en 2003, le centre Simon Wiesenthal lui a remis son prix. Et David Harris, directeur du très influent American Jewish Committee, qui l'a reçu aux Etats Unis en 2004, voit en Sarkozy "un homme de charisme, de vision, de courage, de dynamisme."

    Au mois de décembre 2004, alors qu’il était sans fonction ministérielle, Nicolas Sarkozy avait effectué une visite de quarante-huit heures en Israël. Devant la communauté française à Tel Aviv, il avait rappelé qu’Israël est une "démocratie amie de la France", et au contraire de relativiser la question de l’antisémitisme, il avait fait sien le combat contre la haine des Juifs : "L’antisémitisme ne s’explique pas, car il ne peut y avoir d’explications à l’inexplicable. L’antisémitisme, ça ne s’explique pas, ça se combat". Selon lui, "la question de l’antisémitisme n’est pas la question des Juifs. C’est la question de la République française. Chaque fois qu’un Juif est injurié en tant que Juif, c’est une tache sur la République", avait-il affirmé. Il avait également assuré que "ce serait faire trop d’honneur aux racistes et aux antisémites que de laisser penser que la France est un pays antisémite".

    Le 31 mai 2006, après les incidents à caractère antisémite survenus à Paris de la part des membres de la "Tribu Ka", Nicolas Sarkozy a demandé au ministre de la Justice, Pascal Clément, d’interdire leur site Internet où des propos et des images antisémites sont diffusés. Deux mois plus tard, à son initiative, le Conseil des Ministres du 26 juillet 2006 dissout la Tribu Ka. Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais ("Collectifdom") se félicitait alors de la dissolution de ce groupuscule afro centriste, raciste et antisémite, dirigé par un illuminé, d’origine béninoise, Kemi Seba (de son vrai nom Stellio Capo Chichi dit Capochichi), qui prônait ouvertement la haine des blancs, des juifs, des arabes, des métis...

    Au mois de septembre 2006, à l’occasion de sa visite au président George W. Bush, alors vivement critiquée par Jacques Chirac, il avait rencontré à New York les principaux représentants des organisations juives américaines, dont le président du Congrès Juif Mondial, Israël Singer.
    Le ministre de l'intérieur a remporté le prix de l'homme politique de l'année décerné par l'Union des patrons et professionnels juifs de France (UPJF). C'est au cours du dîner de gala de l'UPJF, le 30 mars 2006 que la récompense a été décernée au ministre de l'intérieur que les organisateurs ont salué comme celui qui "saura sans doute redonner une nouvelle dynamique aux relations d'amitiés solides qui lient Paris, Washington et Jérusalem".

    Nicolas Sarkozy confie un certain nombre de missions à Arno Klarsfeld. Le choix de « l’avocat de la vérité », pour reprendre la formule de l’historien Henry Rousso, n’est pas neutre. Avocat des parties civiles au procès de Paul Touvier, en 1998, Arno Klarsfeld représente l'association des Filles et fils de déportés juifs de France lors du procès de Maurice Papon. Il fait ensuite campagne, notamment dans les médias, pour la création de cours internationales afin de juger les criminels de guerre pour des massacres tels que le génocide au Rwanda et celui au Kosovo. En 2002, à trente-sept ans, il prend la nationalité israélienne ayant passé de près de dix ans la limite d'âge, Arno Klarsfeld s'engage dans les Magav, les garde-frontières de l'armée israélienne.

    Nicolas Sarkozy avait demandé au mois de février 2005 à Arno Klarsfeld de mener un « travail approfondi sur la loi, l’Histoire et le devoir de mémoire », dans le contexte de la loi sur les bienfaits de la colonisation qui divisait les historiens. Le Président de l'UMP apparaissait alors comme un «rempart contre l'extrême droite» selon les termes d’Arno Klarsfeld. Au mois de mai 2006, le ministre de l’intérieur lui confie une autre mission : "un large travail de réflexion sur la délinquance des mineurs". Et puis au mois de juin dernier, Nicolas Sarkozy confie une "mission de médiation" à Arno Klarsfeld et accorde un nouveau sursis, jusqu'à la mi-août, aux étrangers en situation irrégulière, parents d'enfants scolarisés.

    Défenseur d’Israël
    Après l’entretien qu’il avait eu avec Ariel Sharon au cours de son voyage en Israël en 2004, le Premier ministre israélien lui avait alors lancé : "Je suis certain que vous avez bien conscience de faire partie de nos amis" ; il s’agissait bien de consommer la rupture avec la politique arabe de la France. D’ailleurs Shimon Pérès, qui était alors dirigeant du Parti travailliste, avait jugé important de rencontrer Nicolas Sarkozy, un homme avec lequel il était possible de "regarder l’avenir"… Contrairement à la plupart des responsables politiques européens, Nicolas Sarkozy ne s’était pas rendu dans les territoires palestiniens.

    Au début de la deuxième guerre du Liban, Nicolas Sarkozy désigne un "agresseur": le Hezbollah, "qui se comporte de manière invraisemblable", avait-il lancé sur TF1.
    "La situation est dramatique parce qu'il y a un risque d'escalade", d'engrenage" et de "généralisation", avait-il déploré, estimant qu’"Israël doit se défendre et a le droit de se défendre". M. Sarkozy conseillait toutefois à Israël de "garder son sang froid et de ne pas faire de la surenchère, de proportionner la réaction". Le Liban, quant à lui, "a le droit à l'indépendance et au respect de son intégrité et de son unité", a-t-il estimé. Or, "le comportement irresponsable du Hezbollah conduit aujourd'hui à la désagrégation" de l'Etat libanais. Et de conclure : "Il faut débarrasser le Liban des influences extérieures".
    Quant à l'Iran, Nicolas Sarkozy avait déclaré qu’elle se mettait encore un peu plus au banc de la communauté internationale, expliquant qu’il y a plus « que des soupçons sur les liens entre le Hezbollah et le régime iranien".

    Nicolas Sarkozy comprend qu’au conflit israélo-palestinien, s’est substitué un antagonisme plus complexe encore, qui divise le Moyen Orient entre deux camps : celui des pays modérés, qui veut la paix, celui des pays extrémistes, qui la refuse.

    Contrairement à d’autres responsables politiques de premier plan, Nicolas Sarkozy n’a jamais cherché à taire ses origines… Au contraire, le « petit Français de sang mêlé » a appris « l'amour de la France et la fierté d'être français. » La leçon est double.

    Juif et Français, ensemble, cela redeviendrait possible ?

    Nicolas Sarkozy veut devenir le Président de toute la France. On ignore si au soir du 6 mai, elle lui confiera son destin. Une chose est certaine : dimanche 14 janvier, l’art de dire la politique, s’est bien distingué.