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  • En immersion avec les jeunes soldates de l’école des officiers de Tsahal …

    En immersion avec les jeunes soldates de l’école des officiers de Tsahal …

    by Tsahal -  source  :  Armée de Défense d'Israël
    Le Bataillon Karakal donne l'opportunité aux filles qui le désirent de servir en tant que soldates d'infanterie

    A-t-elle eu des problèmes à commander des garçons dans la batterie de canons de 155mm automoteurs où elle servait auparavant ? « Pas trop. Surtout quand ils ont vu que je pouvais faire les mêmes choses qu’eux – et encore mieux qu’eux ! », dit-elle avec un petit sourire satisfait. (Article publié dans l’Arche numéro 635)

    Par Bernard Edinger

    « Cela peut vous sembler un peu grandiloquent, mais la vérité est que j’aime Israël et que je suis prête à donner ma vie pour mon pays. »

    Nitzan Algazi à dix-neuf ans et elle est furieuse contre celles de ses compatriotes qui cherchent à éviter le service militaire. Il est vrai que le nombre de jeunes Israéliens qui ne font pas leur service militaire (en incluant les Juifs ultra-orthodoxes et les Arabes israéliens qui en sont exemptés) n’a jamais été aussi élevé, surtout chez les jeunes femmes.

    Environ le tiers des garçons et la moitié des filles atteignant l’âge de 18 ans ne font pas leur service militaire pour une raison ou une autre. Mais parmi les jeunes de l’État hébreu qui ne cherchent pas à fuir leurs obligations militaires, le pourcentage des garçons appelés se portant volontaires pour servir dans des unités combattantes n’a également jamais été aussi élevé, presque 75%.

    Le Bataillon Karakal donne l'opportunité aux filles qui le désirent de servir en tant que soldates d'infanterie

    Et parmi les plus motivés de tous sont les élèves officiers qui feront un an de service de plus, c’est-à-dire quatre ans au lieu de trois pour les garçons et trois ans au lieu de deux pour les filles. Nitzan Algazi est de celles-là. Cette souriante sergent de l’armée de l’air israélienne (Heyl Avir) est élève à « Bahad Ehad », acronyme hébraïque des mots « Base d’entraînement numéro un nom populaire pour l’école des officiers qui est située dans un paysage lunaire mais splendide, en plein désert du Néguev, près de la petite ville de Mitzpé Ramon. Les installations de l’école sont à 1 000 mètres d’altitude, non loin de l’immense « makhtech » (cratère) Ramon, une des merveilles naturelles les plus spectaculaires d’Israël. Ils sont comme elle plusieurs centaines de garçons et de filles à passer en permanence par roulement au « Beit HaSefer le K’tsinim al shem Rav Aluf Laskov » (École des Officiers – Général Laskov –le nom officiel) où débute la formation des futurs officiers de Tsahal. (Chaïm Laskov a été chef d’état-major de Tsa ciers des armées israéliennes débutent par cette école, sauf les navigants de la marine et de l’armée de l’air qui suivent des filières spécialisées.

    De nouvelles venues sur le champ de bataille

    L’école a été ouverte aux filles en 2005. Jusqu’alors, les femmes officiers étaient formées à Tsrifim, au centre du pays, dans une école réservée aux femmes qui ont toujours jouée un rôle capital dans Tsahal où elles représentent un tiers des conscrits. Dans un pays où la population est limitée face au monde arabe, les femmes fournissent à Tsahal une grande partie des effectifs de ses unités logistiques et de ses administrations, libérant les garçons pour les unités combattantes. Les femmes ont été interdites du champ de bataille après la guerre de 1948 quand 114 d’entre elles ont été tuées. L’interdiction a été levée ses dernières années, notamment sous la pression de groupes féministes. Aujourd’hui, 1.9% des soldates conscrites de Tsahal (toutes des volontaires) servent dans des unités combattantes, notamment le célèbre bataillon d’infanterie légère Caracal ou elles représentent plus de 80 % des effectifs. Mais il n’y a pas que chez les conscrits que les femmes sont nombreuses. Les femmes occupant un poste d’officier dans l’armée de métier représentent 26.8% des officiers de carrière de Tsahal, servant généralement dans des positions administratives et comme instructrices. Selon les chiffres officiels, 25.3% des capitaines, 23.5% des commandants, 13.1% des lieutenants colonels et cinq pourcent des colonels de Tsahal sont des femmes. Deux femmes sont générales de brigade (« Tat-aluf ») : Gila Klifi-Amir, conseillère pour la condition féminine auprès du chef d’état-major, et Ayala Hakim, responsable de la Division Technologique C4I. La femme la plus gradée de Tsahal est la générale de division (« Aluf ») Orna Barbivai, directrice des ressources humaines des armées. Avant de commencer sa formation à Bahad Ehad, la jeune Nitzan Algazi a fait ses premières armes dans les systèmes de communications de l’armée de l’air. « Je n’ai pas le droit d’en dire plus ».

    Soldate, instructrice d'un bataillon d'infanterie

    « Quelle est ma motivation en venant ici tout en sachant que cela veut dire que je ferai un an de service de plus ? Je veux servir le pays. Comme mon grand-père qui était membre de la Haganah (la milice d’autodéfense juive avant la création de l’État) et qui a fait toutes les guerres d’Israël jusqu’à celle du Kippour en 1973. C’était un vrai combattant dit-elle.»

    « Ce que je n’accepte pas, ce sont les jeunes filles qui cherchent à éviter le service militaire. Nous recevons tellement de ce pays que nous devons lui rendre quand nous le pouvons. Et je suis aussi furieuse contre les garçons qui vont au service mais qui y cherchent des planques loin des unités combattantes », dit-elle.

    Garçons et filles à Bahad 1

    La question inévitable qu’un journaliste de passage pose à ces jeunes filles est de savoir si, avec tous les garçons qui sont autour d’elles, il se forme à Bahad Ehad des couples, pour la vie ou non. Elles pouffent toutes les deux de rire.

    « C’est tout le contraire qui se passe. Souvent, quand des élèves sont déjà en couple d’amoureux en arrivant ici, leur relation se distend car il y a tellement de travail et d’efforts à fournir sur place qu’on n’a pas le temps de se voir. Les garçons et les filles travaillent ensemble mais sont rigoureusement séparés du point du vue logement. La règle de l’école est : “ Pas touche ! ”Aucun contact physique n’est permis entre filles et garçons. Pas question même d’une tape amicale dans le dos pour se dire bonjour. Pas sur la base en tout cas. ») Nitzan et Lee ont chacune déjà un an et demi de service car Tsahal veut que ses futurs officiers aient l’expérience de la vie de simple soldat avant d’accéder à l’épaulette. La raison en est que la majorité des jeunes officiers issus de l’école ne sont pas destinés à faire carrière dans l’armée mais à être officiers de réserve après leur service militaire.

    Le Ministre de la défense Ehud Barak, accompagné par le Chef d’État-major Benny Gantz, assiste à la cérémonie de fin du cours d'officier des Forces Terrestres hier (26 octobre) à Mitzpe Ramon

    Pendant 25 ans environ, les hommes, et dans certains cas des femmes hautement spécialisées, serviront 45 jours par an – plus en cas de guerre –, encadrant d’autres réservistes qui font, eux aussi, leurs périodes de “milouïm” (service de réserve). Les garçons composent l’immense majorité des élèves des trois bataillons d’élèves officiers de Bahad Ehad (les bataillons Hadass, Dekel et Gefen) formant les futurs cadres des unités combattantes où nombre d’élèves ont déjà l’expérience d’opérations sur le terrain en Cisjordanie ou face à Gaza. Ils sont entre 500 et 600 à être admis trois fois par an à Bahad 1 dans les spécialités combattantes (infanterie, chars, artillerie, génie d’assaut) mais environ 20 % d’entre eux sont éliminés, surtout au cours du premier mois. Depuis peu, des femmes affectées dans les unités de combat, surtout dans l’artillerie, la DCA et les gardes-frontières, sont admises à Bahad 1. Elles sont environ une douzaine par promotion et, comme combattantes, vont servir pendant quatre ans.

    Les femmes sont bien mieux représentées au bataillon Haruv qui forme les officiers de la logistique et aux deux bataillons, Brosh et Erez, formant des officiers pour les administrations militaires et les états-majors. Elles composent la moitié du bataillon formant les logisticiens et jusqu’à 60 % des élèves dans les deux bataillons formant des personnels administratifs et d’état-major. Ces trois dernières unités forment au total environ 1 000 à 1 200 sous-lieutenants par an. La Rav-seren (commandant) Rahel Maloul explique qu’enseigner ici est un plaisir « car c’est toujours plus facile d’instruire des gens motivés – et ici, ils sont très motivés. » Âgée de 29 ans, elle est une des rares personnes présentes qui soit habillée en civil. Pourquoi ?

    « Bien, vous ne voyez pas ? Je suis enceinte. Et l’armée n’a pas de tenue pour les femmes enceintes. Je ne sais plus quoi mettre. Tous les matins c’est un problème. »

    La commandant Maloul est instructrice-en-chef pour les bataillons formant les personnels de soutien, ceux où il y a au moins 50% de femmes. « On leur enseigne ce que c’est un officier et comment devenir un officier. En sortant d’ici, elles – ou ils – auront les outils pour commander à d’autres soldats de leur âge », explique-t-elle.

    Nadia Mordenfeld, une des rares jeunes femmes se préparant à être officier dans une unité combattante, l’artillerie dans laquelle elle est déjà sergent, est sévère pour ceux qui ne veulent pas servir le pays : « Les jeunes qui cherchent à se défiler du service militaire trichent et ne devraient pas avoir les mêmes droits que tout le monde. Ils se conduisent comme de mauvais citoyens et je pense qu’il faudrait donc qu’ils soient considérés comme citoyens de deuxième zone avec moins de droits civiques que les autres. »

    Âgée de 20 ans, née en Israël de parents d’origine polonaise qui ont fait leur « alya » depuis la Belgique, femme avait initialement passé les tests pour être pilote militaire. « J’aime les défis mais malheureusement, je n’ai pas réussi tous les tests physiques pour être pilote. Néanmoins, si je réussissais ici, je ne serais que la troisième femme dans l’histoire de Tsahal à commander une demi-batterie d’artillerie. » A-t-elle eu des problèmes à commander des garçons dans la batterie de canons de 155mm automoteurs où elle servait auparavant ? « Pas trop. Surtout quand ils ont vu que je pouvais faire les mêmes choses qu’eux – et encore mieux qu’eux ! », dit-elle avec un petit sourire satisfait. ●