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  • "Dans la peau d'une djihadiste": voici l'incroyable témoignage d'une journaliste infiltrée

    "Dans la peau d'une djihadiste": voici l'incroyable témoignage d'une journaliste infiltrée
    Publié le 18 janvier 2015

    Comment fonctionnent les filières de recrutement djihadistes? Qui sont ces hommes qui embrigadent de jeunes Européens ? C’est ce qu'a voulu savoir la journaliste Anna Erelle qui s’est infiltrée dans un réseau de recrutement pendant plusieurs mois.

    Anna Erelle (prénom d’emprunt) est journaliste et elle vient de publier (le 8 janvier) le livre "Dans la peau d’une djihadiste". Elle y raconte comment elle s’est infiltrée dans un réseau de recrutement djihadiste. Elle en a parlé samedi soir dans l’émission de Canal+ Salut les terriens.

    "Il a un sourire émail diamant, il a un très beau visage"

    Alors qu’elle était pigiste, Anne se crée un faux compte Facebook sous le nom de Mélanie Nin pour obtenir des informations sur les djihadistes. Lors de ses recherches, elle tombe sur la vidéo d’un combattant de l’État islamique en Syrie et décide de la partager avec son faux profil. Suite à ce partage, le combattant, Abou Bilel, entre en contact avec elle pour lui demander ce qu’elle pense des moudjahidines et si elle a l’intention d’aller se battre en Syrie. Anna lui répond qu’elle s’est récemment convertie à l’islam et ensemble ils prévoient sa hijra. "La hijra, c’est l’abandon de sa terre pour celle des musulmans s’ils sont en danger", explique la journalise qui précise que les vidéos de propagande sur lesquelles elle est tombée sont très bien faites, notamment celles d’un jeune Marseillais. "Il a un sourire émail diamant, il a un très beau visage et surtout il enchaîne les vidéos à certains moments pour louer la Syrie, pour dire à quel point c’est un pays magnifique, merveilleux et calme où il faut venir habiter et à d’autres moments, il montre des vidéos d’entraînement qui peuvent faire rêver un adolescent ou un jeune adulte qui serait féru de jeux vidéo. Ils ont des cibles qu’ils savent très bien comment atteindre."

    "Il lui fait des promesses d’horreur si elle reste en France"

    La journaliste explique également les différentes techniques de recrutement notamment celle de la culpabilisation et de la menace de damnation. "Il (Abou Bilel) est prêt à tout pour la faire venir et surtout ce qu’il faut savoir c’est que cette Mélanie n’a que 20 ans et d’un coup une personne qui a presque le double de son âge, lui fait des promesses d’horreur si elle reste en France, à Toulouse en l’occurrence, et en revanche il lui promet une carte postale paradisiaque si elle arrive."

    Abou Bilel se vante, se met en valeur, parle de centaines de femmes qui fantasmeraient sur eux, les guerriers d’Allah

    Après les premiers contacts, Anna se couvre d'un voile intégral pour parler sur Skype avec le combattant (avec le consentement de son rédacteur en chef). Lors de ces échanges, Abou Bilel se vante, se met en valeur, parle de centaines de femmes qui fantasmeraient sur eux, les guerriers d’Allah. "Il y en a qui ont fait venir leur famille, leur femme, mais il y en a énormément qui sont seuls, qui sont partis là-bas et une fois que l’effervescence redescend qui se rendent compte qu’ils sont déçus et que c’est un enfer sur terre, un no man’s land. Les Syriennes les détestent et ça, ils ne peuvent pas le dire. Donc ils inversent le problème. En fait, c’est nous qui devrions être fiers de venir. Il nous met dans la tête que c’est nous qui voulons venir alors que c’est eux qui nous appellent, qui nous appellent, qui nous appellent", explique la jeune journaliste.

    La dernière mode là-bas c’est d’avoir une ceinture d’explosif autour de la taille
    Dans son livre, Anna explique également que son "recruteur" tente de l’appâter avec des promesses un peu spéciales. Il lui explique qu’elle aura beaucoup de copines avec qui elle pourra faire des trucs de filles et que la dernière mode là-bas c’est d’avoir une ceinture d’explosif autour de la taille. "C’est fou. Il le dit vraiment dans un sourire de miel. Il trouve ça génial que les femmes fassent ça, c’est ça qui est pire que tout", commente encore Anna/Mélanie sur le plateau de l’émission de Thierry Ardisson.
    "C’est un peu une victime de la mode, gel dans les cheveux, Ray-Ban avec verres miroirs"
    La journaliste explique aussi qu’elle s’est lancée dans cette aventure pour savoir comment on en vient à devenir métrosexuel quand on est djihadiste, car l’homme avec qui elle est en contact régulier fait très attention à loi, "C’est un peu une victime de la mode, gel dans les cheveux, Ray-Ban avec verres miroirs", explique Thierry Ardisson. "Bilel qui se dit anti-capitaliste par exemple est fou de parfums, mais seulement de grandes marques. Il aime les produits français, ça lui manque, il veut de l’argent, il veut des ordinateurs portables hi-tech", commente Anna.
    "Ici moi je suis Tony Montana"
    Lors de l’un des échanges, Bilel lui annonce qu’elle est mariée et qu’elle doit choisir sa dote et lui dit "Mais qu’est-ce que tu crois mon bébé, ici moi je suis Tony Montana, sauf que je ne fais pas dans la drogue, je fais dans la foi". "Pour moi je les soupçonne, dans le cas de Bilel, d’avoir voulu peut-être prendre l’autoroute de la fortune et de s’être retrouvé sur celui de la religion par défaut en fait et du coup d’avoir un sentiment de revanche et une aigreur sur la vie en occident qui est au-delà de ça."
    Une fatwa lancée contre Anna: "Violez-la, lapidez-la, achevez-la"
    Au moment du départ pour la Syrie, Anna ne part évidemment pas et elle commence à recevoir des menaces. Elle apprend ensuite qu’une fatwa a été lancée contre elle. Cette fatwa dit : "Tuez-la, à condition que sa mort soit lente et douloureuse. Elle est plus impure qu’un chien. Violez-la, lapidez-la, achevez-la". Anna a dû changer de numéro de téléphone et d’adresse, elle est sous protection policière, mais elle assure que si c’était à refaire, elle le referait.

     

     

    "Dans la peau d'une djihadiste": voici l'incroyable témoignage d'une journaliste infiltrée
Publié le  18 janvier 2015 
Comment fonctionnent les filières de recrutement djihadistes? Qui sont ces hommes qui embrigadent de jeunes Européens ? C’est ce qu'a voulu savoir la journaliste Anna Erelle qui s’est infiltrée dans un réseau de recrutement pendant plusieurs mois.
Anna Erelle (prénom d’emprunt) est journaliste et elle vient de publier (le 8 janvier) le livre "Dans la peau d’une djihadiste". Elle y raconte comment elle s’est infiltrée dans un réseau de recrutement djihadiste. Elle en a parlé samedi soir dans l’émission de Canal+ Salut les terriens.
"Il a un sourire émail diamant, il a un très beau visage"
Alors qu’elle était pigiste, Anne se crée un faux compte Facebook sous le nom de Mélanie Nin pour obtenir des informations sur les djihadistes. Lors de ses recherches, elle tombe sur la vidéo d’un combattant de l’État islamique en Syrie et décide de la partager avec son faux profil. Suite à ce partage, le combattant, Abou Bilel, entre en contact avec elle pour lui demander ce qu’elle pense des moudjahidines et si elle a l’intention d’aller se battre en Syrie. Anna lui répond qu’elle s’est récemment convertie à l’islam et ensemble ils prévoient sa hijra. "La hijra, c’est l’abandon de sa terre pour celle des musulmans s’ils sont en danger", explique la journalise qui précise que les vidéos de propagande sur lesquelles elle est tombée sont très bien faites, notamment celles d’un jeune Marseillais. "Il a un sourire émail diamant, il a un très beau visage et surtout il enchaîne les vidéos à certains moments pour louer la Syrie, pour dire à quel point c’est un pays magnifique, merveilleux et calme où il faut venir habiter et à d’autres moments, il montre des vidéos d’entraînement qui peuvent faire rêver un adolescent ou un jeune adulte qui serait féru de jeux vidéo. Ils ont des cibles qu’ils savent très bien comment atteindre."
"Il lui fait des promesses d’horreur si elle reste en France"
La journaliste explique également les différentes techniques de recrutement notamment celle de la culpabilisation et de la menace de damnation. "Il (Abou Bilel) est prêt à tout pour la faire venir et surtout ce qu’il faut savoir c’est que cette Mélanie n’a que 20 ans et d’un coup une personne qui a presque le double de son âge, lui fait des promesses d’horreur si elle reste en France, à Toulouse en l’occurrence, et en revanche il lui promet une carte postale paradisiaque si elle arrive."
Abou Bilel se vante, se met en valeur, parle de centaines de femmes qui fantasmeraient sur eux, les guerriers d’Allah
Après les premiers contacts, Anna se couvre d'un voile intégral pour parler sur Skype avec le combattant (avec le consentement de son rédacteur en chef). Lors de ces échanges, Abou Bilel se vante, se met en valeur, parle de centaines de femmes qui fantasmeraient sur eux, les guerriers d’Allah. "Il y en a qui ont fait venir leur famille, leur femme, mais il y en a énormément qui sont seuls, qui sont partis là-bas et une fois que l’effervescence redescend qui se rendent compte qu’ils sont déçus et que c’est un enfer sur terre, un no man’s land. Les Syriennes les détestent et ça, ils ne peuvent pas le dire. Donc ils inversent le problème. En fait, c’est nous qui devrions être fiers de venir. Il nous met dans la tête que c’est nous qui voulons venir alors que c’est eux qui nous appellent, qui nous appellent, qui nous appellent", explique la jeune journaliste.
La dernière mode là-bas c’est d’avoir une ceinture d’explosif autour de la taille
Dans son livre, Anna explique également que son "recruteur" tente de l’appâter avec des promesses un peu spéciales. Il lui explique qu’elle aura beaucoup de copines avec qui elle pourra faire des trucs de filles et que la dernière mode là-bas c’est d’avoir une ceinture d’explosif autour de la taille. "C’est fou. Il le dit vraiment dans un sourire de miel. Il trouve ça génial que les femmes fassent ça, c’est ça qui est pire que tout", commente encore Anna/Mélanie sur le plateau de l’émission de Thierry Ardisson.
"C’est un peu une victime de la mode, gel dans les cheveux, Ray-Ban avec verres miroirs"
La journaliste explique aussi qu’elle s’est lancée dans cette aventure pour savoir comment on en vient à devenir métrosexuel quand on est djihadiste, car l’homme avec qui elle est en contact régulier fait très attention à loi, "C’est un peu une victime de la mode, gel dans les cheveux, Ray-Ban avec verres miroirs", explique Thierry Ardisson. "Bilel qui se dit anti-capitaliste par exemple est fou de parfums, mais seulement de grandes marques. Il aime les produits français, ça lui manque, il veut de l’argent, il veut des ordinateurs portables hi-tech", commente Anna.
"Ici moi je suis Tony Montana"
Lors de l’un des échanges, Bilel lui annonce qu’elle est mariée et qu’elle doit choisir sa dote et lui dit "Mais qu’est-ce que tu crois mon bébé, ici moi je suis Tony Montana, sauf que je ne fais pas dans la drogue, je fais dans la foi". "Pour moi je les soupçonne, dans le cas de Bilel, d’avoir voulu peut-être prendre l’autoroute de la fortune et de s’être retrouvé sur celui de la religion par défaut en fait et du coup d’avoir un sentiment de revanche et une aigreur sur la vie en occident qui est au-delà de ça."
Une fatwa lancée contre Anna: "Violez-la, lapidez-la, achevez-la"
Au moment du départ pour la Syrie, Anna ne part évidemment pas et elle commence à recevoir des menaces. Elle apprend ensuite qu’une fatwa a été lancée contre elle. Cette fatwa dit : "Tuez-la, à condition que sa mort soit lente et douloureuse. Elle est plus impure qu’un chien. Violez-la, lapidez-la, achevez-la". Anna a dû changer de numéro de téléphone et d’adresse, elle est sous protection policière, mais elle assure que si c’était à refaire, elle le referait.