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  • Face aux sanctions, Téhéran est tenté par l'escalade

    Face aux sanctions, Téhéran est tenté par l'escalade

     

    Par Georges Malbrunot
    Usine pétrochimique à Mahshahr, Iran.
    Usine pétrochimique à Mahshahr, Iran.Crédits photo : Babak Sedighi/PANOS-REA/Babak Sedighi/PANOS-REA
     
     

     

        

    Des sanctions européennes et américaines contre le pétrole pourraient encore aggraver les tensions.

    Face aux sanctions qui font de plus en plus mal, Téhéran choisit une nouvelle fois de montrer ses muscles. Le site souterrain d'enrichissement d'uranium de Fordow, près de Qom, sera bientôt opérationnel, a déclaré dimanche Fereydoun Abbasi Davani, le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique. Quitte à durcir encore le contentieux sur le nucléaire.

    Vendredi déjà, le patron des forces navales des Gardiens de la révolution avait annoncé la tenue en février de manœuvres dans le détroit d'Ormuz, que Téhéran menace de fermer, si les Occidentaux continuent de le sanctionner. Ces manœuvres feront suite à de précédents exercices organisés à Noël dans le Golfe persique. Dimanche, le chef du Pentagone Leon Panetta a prévenu que les États-Unis «répondront» par la force si l'Iran cherche à bloquer le détroit d'Ormuz, évoquant une «ligne rouge» à ne pas franchir. Dimanche, le chef du Pentagone Leon Panetta a prévenu que les États-Unis «répondront» par la force si l'Iran cherche à bloquer le détroit d'Ormuz, évoquant une «ligne rouge» à ne pas franchir.

    Des messages apparemment contradictoires

    «Le régime est maintenant le dos au mur», prévient un homme d'affaires proche du pouvoir à Téhéran. «Il a deux options: négocier ou alors créer un dérapage pour tenter une sortie par le haut.» D'où les deux messages apparemment contradictoires adressés ces dernières semaines par l'Iran: d'un côté, le rappel de sa disponibilité à négocier sur le nucléaire, de l'autre la menace de fermer le détroit d'Ormuz, goulet par où transite plus d'un tiers du pétrole mondial.

    En position de force, les durs rassemblés autour des Gardiens de la révolution et des radicaux conservateurs influents au Parlement et autour d'Ali Khamenei, le guide et numéro un du régime, pourraient être tentés par une escalade. «Les radicaux ont le sentiment que les Occidentaux veulent renverser le régime, poursuit l'industriel. Ils sont convaincus que même s'ils acceptaient de négocier sur le nucléaire, les Occidentaux sortiraient ensuite le dossier des droits de l'homme.»

    Et la proximité d'avec les élections législatives de mars risque de favoriser encore la surenchère. La pression sur le taux de change est désormais très forte. En quelques jours, fin décembre, le rial a perdu 30 %, alors qu'il avait été stable ces dix dernières années.

    Un manque de liquidités

    «Même si le pouvoir décide de limiter les importations non essentielles, il n'a plus de liquidités pour tenir longtemps», avertit l'industriel iranien. D'autant que les prochaines sanctions européennes et américaines contre le pétrole vont encore aggraver les tensions.

    «Quand on vous empêche de vendre du pétrole qui représente 70 % de vos exportations, c'est la guerre économique qui est déclarée», constate l'observateur, qui redoute un «malentendu dans le Golfe: un pétrolier qui serait coulé suite à un avertissement ignoré».

    D'autres, tout aussi alarmistes, craignent un scénario comme celui qui déclencha la seconde guerre du Golfe. Lorsqu'à l'été 1990, le Koweït fit baisser les cours du pétrole en inondant le marché, privant Saddam Hussein de ressources pour financer la reconstruction de son pays, après huit ans de guerre face à l'Iran. Et le conduisant finalement à envahir l'émirat voisin.